On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.
Notre « héros » se plaint que Françoise a une famille et une vie privée et n’existe pas seulement pour lui :
Elle sortait infailliblement les jours où j’avais besoin d’elle. C’était toujours pour aller voir son frère, sa nièce, et surtout sa propre fille arrivée depuis peu à Paris. Déjà la nature familiale de ces visites que faisait Françoise ajoutait à mon agacement d’être privé de ses services…
Au moins il se reconnaît ordure :
Aussi je n’écoutais jamais ses excuses sans une mauvaise humeur fort injuste…
Son père voit M. de Norpois, absent depuis le séjour à Balbec, qui parle très chaleureusement de M. de Guermantes :
Il m’a parlé de M. de Guermantes comme d’un homme tout à fait distingué : je l’avais toujours pris pour une brute… Il paraît que l’empereur d’Autriche, l’empereur de Russie le traitent tout à fait en ami.
C’est à un tel que le narrateur imagine qu’il va lui voler sa femme ?
C’est à mon tour de me plaindre. Le narrateur dit de son écriture :
ce qui finissait toujours par sortir de mes efforts, c’était une page blanche, vierge de toute écriture
Ça fait plus de 1520 pages à ce point ; je ne veux plus jamais entendre ça de sa part !
Vous souvenez-vous qu’à la fin du premier tome, j’ai déclaré Mme Sazerat la gagnante, car on en avait entendu parler, mais jamais un mauvais mot ? Désolé, madame, c’est à votre tour :
Il passa dans la rue près de Mme Sazerat, dont la pauvreté relative réduisait la vie à Paris à de rares séjours chez une amie…
Le lendemain ma mère rencontra Mme Sazerat dans un salon. Celle-ci ne lui tendit pas la main et lui sourit d’un air vague et triste comme à une personne avec qui on a joué dans son enfance, mais avec qui on a cessé depuis lors toutes relations parce qu’elle a mené une vie de débauches, épousé un forçat ou, qui pis est, un homme divorcé.
Vous allez payer cher ce dernier commentaire, Marcel.
Il s’avère que Mme Sazerat est mécontent de la famille du narrateur car elle est la seule dreyfusarde à Combray. Puis, cet épisode se termine sans que Mme Sazerat dise un mot, comme toujours. Il est très injuste envers elle, notre Proust.
Puis, pour aucune raison évidente, il croise M. Legrandin dans la rue, un autre personnage de Combray que l’on n’a pas vu depuis le premier tome. Legrandin le reproche :
Il est vrai que vous devez être un mondain, faire des visites !… Vous savez que j’estime la jolie qualité de votre âme ; c’est vous dire combien je regrette que vous alliez la renier parmi les Gentils… vous rendez contre votre avenir la condamnation, la damnation du Prophète… On doit me considérer dans votre groupe comme un vieux troupier ; j’ai le tort de mettre du cœur dans ce que j’écris, cela ne se porte plus ; et puis la vie du peuple ce n’est pas assez distingué pour intéresser vos snobinettes.
J’attribue à M. Legrandin le plus haut honneur, le titre « Héros du blog ».
On a enfin la réponse à la question qui me dérangeait, pourquoi Saint-Loup n’a pas demandé sa maîtresse en mariage :
Si délicat pour tout le reste, il envisageait la perspective d’un brillant mariage, seulement pour pouvoir continuer à l’entretenir, à la garder… S’il ne l’épousait pas c’est parce qu’un instinct pratique lui faisait sentir que, dès qu’elle n’aurait plus rien à attendre de lui, elle le quitterait ou du moins vivrait à sa guise, et qu’il fallait la tenir par l’attente du lendemain. Car il supposait que peut-être elle ne l’aimait pas.
Car il ne veut pas finir par être divorcé, Marcel ? Dites-le moi en face, vous !
Mais dès que le narrateur rencontre enfin ladite maîtresse, il y reconnaît une autre Odette de Crécy — sauf qu’il la connaît d’ailleurs :
je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur », celle qui, il y a quelques années… disait à la maquerelle : « Alors, demain soir, si vous avez besoin de moi pour quelqu’un, vous me ferez chercher. »
La Rachel de qui il parle vient de l’opéra La Juive de Jacques Fromental Halévy ; c’est également le surnom qu’il avait donné à une prostituée du premier tome. C’est la même personne.
Je ne vous ennuierai pas avec plus de citations, mais c’est évident que Saint-Loup reprise de façon ironique la vie de Charles Swann. Les deux tombent amoureux de prostituées quand pour des raisons différentes, les deux devraient être l’envie de beaucoup de monde — Swann, le bourgeois prospère ; Saint-Loup, l’aristocrate. Ils ont des défauts aux yeux de leurs classes sociales — Swann est juif ; Saint-Loup, socialiste ou bien anarchiste — et ça les mène au même acte de mauvais jugement. Ah, les hommes — tous pareils !










































