Dimanche avec Mme Sazerat

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

Notre « héros » se plaint que Françoise a une famille et une vie privée et n’existe pas seulement pour lui :

Elle sortait infailliblement les jours où j’avais besoin d’elle. C’était toujours pour aller voir son frère, sa nièce, et surtout sa propre fille arrivée depuis peu à Paris. Déjà la nature familiale de ces visites que faisait Françoise ajoutait à mon agacement d’être privé de ses services…

Au moins il se reconnaît ordure :

Aussi je n’écoutais jamais ses excuses sans une mauvaise humeur fort injuste…

Son père voit M. de Norpois, absent depuis le séjour à Balbec, qui parle très chaleureusement de M. de Guermantes :

Il m’a parlé de M. de Guermantes comme d’un homme tout à fait distingué : je l’avais toujours pris pour une brute… Il paraît que l’empereur d’Autriche, l’empereur de Russie le traitent tout à fait en ami.

C’est à un tel que le narrateur imagine qu’il va lui voler sa femme ?

C’est à mon tour de me plaindre. Le narrateur dit de son écriture :

ce qui finissait toujours par sortir de mes efforts, c’était une page blanche, vierge de toute écriture

Ça fait plus de 1520 pages à ce point ; je ne veux plus jamais entendre ça de sa part !

Vous souvenez-vous qu’à la fin du premier tome, j’ai déclaré Mme Sazerat la gagnante, car on en avait entendu parler, mais jamais un mauvais mot ? Désolé, madame, c’est à votre tour :

Il passa dans la rue près de Mme Sazerat, dont la pauvreté relative réduisait la vie à Paris à de rares séjours chez une amie…

Le lendemain ma mère rencontra Mme Sazerat dans un salon. Celle-ci ne lui tendit pas la main et lui sourit d’un air vague et triste comme à une personne avec qui on a joué dans son enfance, mais avec qui on a cessé depuis lors toutes relations parce qu’elle a mené une vie de débauches, épousé un forçat ou, qui pis est, un homme divorcé.

Vous allez payer cher ce dernier commentaire, Marcel.

Il s’avère que Mme Sazerat est mécontent de la famille du narrateur car elle est la seule dreyfusarde à Combray. Puis, cet épisode se termine sans que Mme Sazerat dise un mot, comme toujours. Il est très injuste envers elle, notre Proust.

Puis, pour aucune raison évidente, il croise M. Legrandin dans la rue, un autre personnage de Combray que l’on n’a pas vu depuis le premier tome. Legrandin le reproche :

Il est vrai que vous devez être un mondain, faire des visites !… Vous savez que j’estime la jolie qualité de votre âme ; c’est vous dire combien je regrette que vous alliez la renier parmi les Gentils… vous rendez contre votre avenir la condamnation, la damnation du Prophète… On doit me considérer dans votre groupe comme un vieux troupier ; j’ai le tort de mettre du cœur dans ce que j’écris, cela ne se porte plus ; et puis la vie du peuple ce n’est pas assez distingué pour intéresser vos snobinettes. 

J’attribue à M. Legrandin le plus haut honneur, le titre « Héros du blog ».

On a enfin la réponse à la question qui me dérangeait, pourquoi Saint-Loup n’a pas demandé sa maîtresse en mariage :

Si délicat pour tout le reste, il envisageait la perspective d’un brillant mariage, seulement pour pouvoir continuer à l’entretenir, à la garder… S’il ne l’épousait pas c’est parce qu’un instinct pratique lui faisait sentir que, dès qu’elle n’aurait plus rien à attendre de lui, elle le quitterait ou du moins vivrait à sa guise, et qu’il fallait la tenir par l’attente du lendemain. Car il supposait que peut-être elle ne l’aimait pas.

Car il ne veut pas finir par être divorcé, Marcel ? Dites-le moi en face, vous !

Mais dès que le narrateur rencontre enfin ladite maîtresse, il y reconnaît une autre Odette de Crécy — sauf qu’il la connaît d’ailleurs :

je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur », celle qui, il y a quelques années… disait à la maquerelle : « Alors, demain soir, si vous avez besoin de moi pour quelqu’un, vous me ferez chercher. »

La Rachel de qui il parle vient de l’opéra La Juive de Jacques Fromental Halévy ; c’est également le surnom qu’il avait donné à une prostituée du premier tome. C’est la même personne.

Je ne vous ennuierai pas avec plus de citations, mais c’est évident que Saint-Loup reprise de façon ironique la vie de Charles Swann. Les deux tombent amoureux de prostituées quand pour des raisons différentes, les deux devraient être l’envie de beaucoup de monde — Swann, le bourgeois prospère ; Saint-Loup, l’aristocrate. Ils ont des défauts aux yeux de leurs classes sociales — Swann est juif ; Saint-Loup, socialiste ou bien anarchiste — et ça les mène au même acte de mauvais jugement. Ah, les hommes — tous pareils !

Ici et là

D’abord, la nouvelle la plus importante de l’année : j’ai enfin ma voiture. Peut-être que vous vous souvenez qu’il y a une semaine, elle est tombée en panne. Et que je suis allé chez le concessionnaire sans rendez-vous lundi. Alors que M. Descarottes s’est moqué de l’incident des rats, il a exprimé l’espoir que ses cousins n’avaient eu rien à voir. Il avait raison.

J’ai vu des photos vendredi après-midi. Il s’est avéré que le tuyau en plastique se termine en une pièce en plastique qui se branche dans une autre pièce en métal. Au fil du temps (plus d’une décennie dans ce cas), avec assez de chaleur, la pièce en plastique peut se rétrécir, d’où la fuite. Aucun rat ne s’est impliqué dans l’affaire.

Mais, j’ai dû proroger la durée de la location d’une voiture, car parce que le concessionnaire a fait le travail très lentement. J’avais attendu à payer 28 $ ; j’ai fini par payer 84 $ pour ça. Il y a un dicton en anglais, « Le temps, c’est l’argent. » Ça date d’une rédaction de Benjamin Franklin en 1748 (lien en anglais).

Un ami français, en entendant parler de ça, m’a posé une question presque touchante, le genre de chose qui parle bien de son bon cœur, moins de sa compréhension de l’esprit californien : « Il n’y avait pas de voiture de courtoisie ? » Pardonnez-moi.

HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA !

Pendant le Covid, le prix de toute voiture d’occasion est monté en flèche à cause de la fermeture des usines. Quand ça s’est passé, tous les concessionnaires sauf les plus hauts de gamme (les BMW, les Mercedes, les Ferrari, etc.) ont vendu leur stock de voitures de courtoisie. Désormais, l’ennemi — désolé, le client — peut se faire voir chez une agence de location grecque. C’est comme les demandes de pourboires quand on paye à un kiosque, une autre prime de la vue après-Covid — l’idée de service aux clients est absolument morte dans ce pays. Rien n’est plus compris, tout est payant, et si vous vous en plaignez, c’est vous le cinglé.

De meilleures nouvelles ? La Fille m’a envoyé un texto jeudi — en anglais, alors pas de capture d’écran — pour me dire : « Madame m’a dit d’arrêter de traduire un poème pendant mon cours de français ce matin. C’était censé contenir des mots que nous ne savions pas déjà. » Parmi les mots que ces élèves de 3e année de français étaient censés ne pas connaître ? « Loin » et « bruit ». Je ne sais pas vous, mais je suis certain que j’ai appris « loin » et « proche » pendant les 3 premiers mois de leçons. La Fille a sauté une année, mais elle reste quand même en tête.

En parlant de leçons de français, j’ai presque fini les nouvelles parties de Duolingo. L’appli va me renvoyer en disant que c’est fou. Regardez cet exemple stupide qui n’a aucun sens :

Ça dit : « J'ai mangé le macaron de trop. »

Il n’y a pas de telle chose que « le macaron de trop ». L’épinard, oui, le chou de Bruxelles, absolument. Mais même un macaron de chez Walmart n’est jamais « de trop ».

Autre chose jeudi : j’ai appris que je ne connais vraiment pas l’œuvre de Céline Dion. J’ai écouté un épisode du Grand Récit — j’adore André Dussollier — consacré à la relation entre elle et Jean-Jacques Goldman. Je n’avais aucune idée, mais je me pardonne un peu, parce que sa musique en français n’est jamais diffusée à la radio en Californie du Sud. Puis j’ai écouté Bonus Track avec Éric Jean-Jean (qui me rend un peu fou car il a ce qui s’appelle « NPR voice » aux États-Unis, la voix de la Radio publique nationale, où tous les animateurs sont formés à sonner exactement comme M. Jean-Jean sans le savoir). Lui aussi, il parlait de Céline Dion. C’est comme ça que j’ai découvert que je ne savais pas que c’était elle derrière beaucoup de chansons que j’entendais souvent dans les années 90. « The Power of Love« , « All by Myself« , « Overjoyed » en duo avec Stevie Wonder — je n’avais aucune idée. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’écoute jamais la radio pour la musique en anglais, une préférence depuis 30 ans, alors je n’entends jamais les animateurs avec ces infos. Je les connais des centres commerciaux, des restos, et ainsi de suite. Il va me falloir écrire « Je découvre Céline Dion », et vous allez tous rigoler.

Pourquoi est-ce que je n’écoute pas la radio pour ça ? Je sais depuis longtemps que c’est payé, et je ne veux que personne achète mes goûts. Alors je dois tout découvrir moi-même. C’est un effort. Et il faut ajouter que tous ces programmes consacrés à Madame Dion n’étaient pas par hasard — elle vient de sortir une nouvelle chanson. Alors je fais partie des pubs gratuitement !

Un conte de deux desserts

Hier soir, j’étais au repas des bénévoles pour l’OCA. Comme je vous ai dit, c’est moi qui a fait le dessert. Ce que personne là ne savait, c’était que j’ai eu une catastrophe en cuisine. Mais je partage mes échecs ici, non seulement les réussites, alors vous allez tout voir.

Je vous ai dit lundi que j’allais préparer les macarons crème brûlée de Pierre Hermé, mon dessert parisien. On dit en anglais de ce genre de recette que c’est « a pain in the butt », que ça fait mal au cul — il y a deux coques différentes à préparer, et non seulement une ganache, mais un caramel qui doit être préparé séparément pour aller dans la ganache. 4 parties, tout pris en compte.

Mardi soir, j’ai fait le caramel — voici le truc étalé sur du papier de cuisson, brisé avec un rouleau, rendu plus fin dans un robot, tout prêt à utiliser. Tout semble bien aller :

Mercredi soir, j’ai fait les coques. Ça fait plus d’une année depuis la dernière fois où j’ai fait une meringue italienne pour des coques ; ça a fini par être trop lisse, et il s’avère qu’en plus, mon four est trop chaud par rapport aux marquages sur les commandes. Mais même là, j’ai réussi à avoir deux douzaines de belles coques de chaque genre :

C’était jeudi matin, quand j’ai fait la ganache, que tout est parti en vrille. Elle ne s’est jamais prise, même après 6 heures au frigo. 14 $ de chocolat blanc, complètement gaspillé. J’ai toujours les coques ; je ne sais pas quoi faire.

Mais s’il y a quelque chose que je sais faire, même en grand format, c’est le gâteau Napolitain, le coup de cœur qui a lancé des centaines d’autres trucs. Le gâteau au yaourt a été le tout premier gâteau en 2020, mais le Napolitain a été la première recette de Cook&Record. On peut simplement multiplier les quantités de ma recette par 2,5 et voilà, un « quarter-sheet » comme on dit aux États-Unis, suffisant pour 16-20 parts (mais on parlera plus) :

Le Napolitain m’a appris la leçon la plus importante en cuisine — la question n’est pas si tout est parfait, mais si les clients doivent savoir que ce n’était pas le cas. Voici le gâteau tel que je l’ai mis au frigo pour sécher le fondant :

Et voici le gâteau tel que les bénévoles l’ont vu :

Il n’y a rien comme un bon couteau pour obtenir des bords nets ! Hyper-professionnel, même si c’est moi qui le dis.

Mais. Mais, mais, mais. Je suis mais-content de son accueil. Quand j’ai fait un gâteau de même taille la première fois, pour une soirée de ciné, il y avait une trentaine d’invités mais je suis quand même rentré avec des restes, car les Français mangent comme des oiseaux. Cette fois, j’ai regardé la moitié aller dans la poubelle avec 16 invités. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Une personne — une amie, pour être clair — l’a coupé en 16 parts. On l’a distribué ainsi. Après 20 minutes, j’ai regardé autour de la table et me suis rendu compte que presque tout le monde n’avait mangé que la moitié de ce qu’ils ont reçu. Dit autrement, ils ont tous mangé comme les invités de la première soirée, mais on leur a donné deux fois ce dont ils avaient envie. Alors chacun a jeté les restes dans la poubelle.

Je crois que ce n’était pas une question de ne pas l’aimer. J’étais surpris à découvrir que certains ne connaissaient pas les Napolitains de LU, alors ce n’était pas le Napolitain de Proust que je l’avais cru pour tout le monde. Mais il m’a fallu 3 heures de travail pour faire ce gâteau (à ne pas mentionner 20 $ d’ingrédients). Je ne voulais pas le couper avant l’événement, et j’ai payé cher pour ça,

Je l’ai vu assez de fois pour le comprendre. Si un Français tombe sur un dessert, il doit tout couper, à parts égales. C’est aussi naturel que respirer. C’est « le grand souci d’égalité » comme a dit Anatole France. Mais je croyais que l’horreur de gaspiller était également forte. Pas pour la première fois, je me suis trompé !

La meilleure maladie au monde — ou la pire

J’ai vu ce clip effrayant hier, où Faustine Bollaert parlait à une certaine Laeticia qui a subi une intervention chirurgicale au cerveau. Quelque chose d’horrible est arrivé à sa voix. Essayez de l’écouter sans lire la description, ou au moins avant de la lire, si possible.

À mes oreilles, ce n’est pas du tout un accent « anglais ». Elle ne sonne pas comme la Reine, mais heureusement pour elle, pas comme Ed Sheeran non plus. Je dirais que c’est son propre genre d’enfer. Elle sonne comme un californien.

Les commentaires sur Instagram ne sont pas du tout gentils. D’abord, il y a l’opportuniste :

Commentaire du compte officiel de Duolingo France : « C'était moi le chirurgien ».

Puis, il y a le méchant — et je suis hyper-sensible sur ce sujet car un inconnu a fait la comparaison entre moi et Jane Birkin pour m’insulter :

Commentaire qui dit : « Possédée par Jane Birkin ».

Il s’avère que je n’ai jamais partagé ça, alors voilà :

Tweet par moi : Après avoir lu un article par @moutet, des réflexions sur la bise (lien)

Réponse : C'est bien et rafraîchissant d'écrire comme Jane Birkin parle.

Une autre s’est moquée de l’anglophone le plus célèbre du pays :

Commentaire : « For sureeeee » (imitation de M. Macron)

Et encore une autre a suggéré qu’il y a de pires accents :

Commentaire : « Ça aurait été plus drôle avec l'accent ivoirien »

Mais essayons de le prendre au sérieux pour un moment. Parmi les commentaires plus sérieux, beaucoup de monde est d’accord qu’elle a perdu le contrôle pour ses /r/. Je suis un peu d’accord avec ça, mais le /r/ prononcé en anglais américain vient d’une partie différente de la bouche que le /r/ français. Il y a plus de désaccord sur ses voyelles ; certains disent qu’elles restent grosso modo typiquement français, mais d’autres croient qu’elles ont aussi changé. Je les trouve plutôt proche des miennes, alors je crois qu’elle a dû subir des changements là aussi.

Cependant cette situation est connue par les médecins, et a un nom, le syndrome de l’accent étranger. Il n’y a qu’une soixantaine de cas dans la littérature médicale, et les résultats sont très variés. Par exemple, après une blessure au cerveau, Cindy Lou Romberg, habitant de l’État de Washington, a fini par sonner comme une russe (lien en anglais). Sarah Colwill, une britannique, a subi un AVC et a fini par sonner comme une chinoise, malgré le fait qu’elle n’a jamais appris cette langue ni visité le pays.

Alors, pourquoi est-ce que je dirais que ce cauchemar, qui risque de vous faire parler comme le chef suédois, pourrait être la meilleure maladie au monde ? Parce qu’il y a des cas où on a fini avec un bon accent français ! Leanne Rowe, une australienne, a reçu ce cadeau suite à un accident de voiture — mais se plaint dans le clip lié (en anglais) que : « Ça me met tellement en colère car je suis australienne et pas française. » Kay Russell, une britannique, a souffert une migraine et a aussi fini par avoir un accent dit français. Dans ce dernier cas, alors qu’elle dit certains mots exactement comme on les dirait en français, je trouve que son anglais est autrement simplement bizarre, pas comme ce que j’entends des expatriés du tout.

On penserait donc qu’après la bonne chirurgie, je pourrais atteindre ce que six ans de pratique n’a toujours pas réussi. Mais en fin de compte, il faut avouer que cette idée serait désastreuse. Personne ne peut prédire l’accent qui résulte de ces changements, et la qualité n’est souvent pas la meilleure. Ce qui est assez logique, vu que l’on parle de dégâts.

Mais c’est vraiment dingue à quel point la pauvre Laeticia sonne comme moi ! ([Ce qui prouve que quelque chose est arrivé à son cerveau, comme je dis depuis longtemps. — Celle dont on ne doit pas prononcer le nom])

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Au secours !

La Fille est rentrée à la maison la semaine dernière avec une nouvelle. « Papy », m’a-t-elle dit, « j’ai ta prochaine Langue de Molière ». « Excusez-vous », ai-je répondu, « mais c’est ‘Papa’, pas ‘Papy’. » « Mais tu as connu les dinosaures. C’est ce qui dit ma mère. Tu ne veux pas que je lui dise que tu as dit qu’elle avait tort, n’est-ce pas ? » Elle m’a eu. « Alors, ma grande, qu’est-ce que tu veux raconter à ton arrière-daron ? » Et c’est ainsi que l’on a notre note hebdomadaire.

Peut-être que vous avez eu la malchance d’être sur un bateau qui commence à couler. Le capitaine, ou si c’est assez grand, le chargé de communication, prend le micro de la radio et supplie de l’aide avec une expression bizarre en anglais : « May Day! » May Day, c’est le 1er mai, particulièrement dans son aspect de jour férié communiste (raison pour laquelle on fête les ouvriers en septembre aux États-Unis). Bien sûr, en Angleterre, c’est plutôt une fête païenne, la nuit de Walpurgis, où tout le monde danse autour d’un mât pour cacher les débauches de la nuit du 30 avril.

Ou peut-être que c’était choisi comme appel de détresse en honneur de l’une des méchantes les plus inhabituelles des films de James Bond, aussi May Day, apparue dans Dangereusement vôtre (tourné en partie au Château de Chantilly) :

Grace Jones dans le rôle de May Day, ©️United Artists, Fair use

Mais en fait, selon La Fille, c’est un peu de français mal formé, « m’aidez », quand la commande devrait être plutôt « aidez-moi ». Il s’avère qu’elle se trompe légèrement — c’est en fait tronqué d’une plus longue commande, « Veuillez m’aider », mais il n’y a pas un centime de différence entre les deux sons.

D’où vient ce choix pour l’appel universel ? Remontons le temps jusqu’en 1923. C’est Frederick Stanley Mockford, chargé de radio à l’aéroport Croydon (Londres avant Heathrow), qui a été chargé par ses supérieurs à trouver un appel qui serait compris par tous les pilotes. Étant exactement comme moi, il a raisonné que le monde entier comprenait juste les deux côtés de la Manche, car tout le trafic venant de l’étranger venait du Bourget à l’époque. Il fallait donc trouver quelque chose de raisonnable en anglais et en français. Vu que « Help me! » (Aidez-moi) est difficile à prononcer en français, mais la transcription phonétique de « Venez m’aider » marchait bien en anglais, le choix de privilégier le français était assez évident.

Mais « mayday/m’aider » est réservé aux situations où il y a un risque de perdre des vies. Qu’est-ce que l’on est censé dire si on est juste con et n’a plus d’essence pour son bateau ? Encore une fois — mais je ne le savais pas jusqu’au moment de faire ces recherches — c’est la langue française à l’honneur. On dit « panne panne », transcrit en anglais comme « pan pan« , pour dire que l’on est en panne. On fait semblant de dire qu’en anglais, « pan » veut dire « Possible Assistance Needed » (Besoin d’assistance possible), mais en fait, je sais la vérité. C’est-à-dire qu’il ne reste que les pizzas de la chaîne Little Caesar’s dites « Pan Pan », anciennement vendues deux à la fois (lien à une pub en anglais), à manger. On savait tous que cette situation était la catastrophe, même s’il n’y avait pas de vies en jeu. (Des toilettes, oui.) C’est ainsi que le sens d’une urgence est préservé à travers les deux langues.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner rendez-vous à un certain M. Paul Bismuth et un canard.

L’attaque de mes cousins

Bonjour, tout le monde, c’est M. Descarottes à la parole. Le gros type est dans tous ses états en ce moment — comme d’hab — alors c’est à moi de vous amuser. Heureusement, quand on est rongeur, on a une grande famille — pas autant que les cafards, peut-être, mais assez — et il s’avère que mes cousins ont repris mon travail éternel de ne jamais le laisser tranquille.

M. Descarottes dans sa cage, regardant l'appareil photo de près, le nez contre les barres, la tête tournée légèrement à droite. Sa gamelle en métal est visible derrière lui.

Vous savez déjà qu’il ne peut plus aller nulle part, car sa voiture est en panne. Vu mon dernier trajet dans sa fichue bagnole — je ne suis pas revenu encore vivant, ça vous parle ? — je m’en fous absolument pour lui. Mais La Fille doit toujours aller au lycée alors je suppose que c’est important de régler le problème.

De toute façon, je sais qu’il n’a rien dit, mais la semaine dernière, il avait lavé sa voiture. Qu’est-ce qui est donc arrivé hier matin ? Il pleuvait, mais juste un peu ! Juste assez pour gaspiller l’argent qu’il avait dépensé ! Je vis pour ces moments. Ou plutôt… bah, vous savez.

Quand il est arrivé chez le concessionnaire, il a dû attendre 20 minutes avant que quelqu’un n’arrive enfin l’aider. Sous la pluie. Il a expliqué au conseiller ce qui s’est passé, puis le mec a ouvert le capot. Et c’est comme ça qu’il a découvert que mes cousins étaient occupés. Voilà !

C'est le couvercle qui couvre les cylindres du moteur. Des crottes sont visibles dans les fissures entre les cylindres.
Gros-plan de leur travail dans toute sa splendeur

Il a dit au gros, « Tu te soucies de ta voiture même un peu, toi ? Ce sont des crottes de rats ! »

HAHAHAHAHAHAHAHAHAHA !

Le gros, con qu’il est, a répondu, « Mais je te jure que ce n’était pas là quand j’ai ajouté de l’antigel hier ! » Comme s’il faisait la moindre attention ! Il n’a aucune idée !

On attend toujours l’explication de ce qui s’est passé. Il a fait appel au garagiste vers 15h30 pour prendre des nouvelles de son corbillard, et c’est ainsi qu’il a découvert qu’en fait, personne n’allait examiner le truc jusqu’à mardi. Il y en a trop, là. Alors, permettez-moi de râler brièvement de deux choses que je n’aime pas chez les concessionnaires, parce que se foutre de sa gueule, c’est réservé à moi et à La Fille !

D’abord, tout le monde aux États-Unis dit « Je serai bientôt à ta disposition » en voyant un client, et ce n’est presque jamais le cas que la première personne — ou la deuxième — qui le dit finira par vous aider. C’est un mensonge stupide car « quelqu’un » ne sonne pas assez personnel, et donner de fausses impressions de s’en soucier, de la fausse amitié, c’est la tâche la plus importante pour les états-uniens (vous savez qu’il déteste ce mot, hihihi). Franchement, s’il avait eu l’habitude de me dire pareil quand je couinait pour signaler l’heure de carottes, j’aurais été mort de faim bien avant le moment maudit. Ne le lui dites jamais, s’il vous plait, mais j’apprécie un peu qu’il ne m’ait jamais menti comme ça.

L’autre chose, c’est que tous les concessionnaires ne veulent plus que les clients s’attendent à parler à la même personne même pendant une seule visite. Quand il a fait son appel et a demandé à parler à Connardo (peut-être un pseudonyme), son conseiller, la standardiste lui a répondu que « un membre de l’équipe te rappellera ». (N’oubliez pas, tout « you » en anglais se traduit par « tu ». Je propose « tu-tous » pour le pluriel.) La Fille a besoin de la voiture d’ici mercredi ; à défaut, d’une voiture de location ! Quelqu’un doit prendre en charge la responsabilité de réparer ce truc.

Mais quand un mécanicien ouvre le capot demain et trouve le problème, j’espère sincèrement qu’il ne sera pas le cas que l’un de mes cousins en est responsable. Non parce que je me sentirais coupable ou honteux, rien comme ça. Non, c’est plutôt parce que l’antigel est bien toxique, et je ne veux pas penser qu’en plus de ses autres défauts, il ait empoisonné l’un de mes cousins !

Saison 5, Épisode 4 — Le Glaude vous écoute

Que puis-je dire ? Pour une fois, les Bonnes Nouvelles étaient évidentes et il ne me fallait pas de temps pour les rechercher. Félicitations aux familles de Cécile Kohler et Jacques Paris.

Sans divulguer exactement de quoi je parle, connaissez-vous l’usage de l’expression « œuf de Pâques » non pour un œuf en chocolat, mais pour une surprise cachée quelque part ? J’ai laissé un tel œuf dans un billet cette semaine pour une personne, mais elle ne l’a pas lu. Dommage. On fait ce que l’on peut. C’est certainement une de mes habitudes, laisser des pépites pour certaines personnes.

Plus tard ce matin, plus précisément à 8h, je serai chez le concessionnaire pour y déposer ma voiture. Je suis heureux de vous dire qu’après avoir ajouté plus d’antigel au moteur, il semble avoir arrêté de surchauffer. Au moins testé dans le parking ici, mais j’ai trop peur pour la conduire. C’est probablement une fuite liée à l’antigel, mais je ne l’ai certainement pas trouvée.

Je ne l’ai pas remarqué à temps, mais mercredi de cette semaine a vu les 200 000 vues depuis le début du blog. Et seulement 520 venaient de la Côte d’Ivoire au total, alors ce n’est pas dû aux brouteurs. En parlant des brouteurs, héros du blog Méta-Brouteur vient de sortir un livre intitulé Coucou Bonjour !, plein de ses exploits sur les réseaux. Je penserai très fortement à le commander, mais ce n’est pas disponible sur Kindle, alors je ne suis pas sûr.

J’ai eu un changement d’avis sur quelque chose pour le repas de bénévoles cette semaine. Je vais les faire le gâteau Napolitain que j’avais mentionné. Mais j’allais aussi préparer des macarons. J’avais planifié des macarons au chocolat. Mais je les fais trop souvent. Au lieu de ça, je ferai les macarons de mon dîner parisien, les macarons crème brûlée de Pierre Hermé. J’ai envie d’épater. J’en ai besoin parce que pour la prochaine Assemblée Générale de l’OCA, je veux m’occuper du dessert. J’étais horrifié de voir que les gâteaux ce soir-là n’étaient pas français. C’est inacceptable, comme servir des hot-dogs à un mariage. Mais je dois prouver que je suis le bon choix.

Connaissez-vous le jeu en ligne Wordle ? Où on a 6 essais pour deviner un mot anglais de 5 lettres ? Plus tôt cette semaine, 2 de mes 4 essais étaient en français :

Les essais : adieu, duets, pendu et prude. Le dernier était correct.

Je commence par « adieu » à chaque fois car ça contient 4 des 5 voyelles. Mais je ne savais pas du tout que « pendu » serait accepté comme mot anglais — je plaisantais en l’écrivant !

Vu chez Walmart ce week-end, un assortiment de desserts français surgelés, dont des macarons par la douzaine, des tartelettes au citron et des tartelettes à la framboise, tous fabriqués en France et à prix raisonnable. Pourtant, je n’ai rien acheté — le niveau de qualité requis pour les vendre à 5,5 – 6 $, surtout avec les droits de douane, doit être moins qu’impressionnant. Mais je suis curieux.

Haute résolution en cliquant

Connaissez-vous le Masters, l’un des 4 tournois de golf les plus importants aux États-Unis ? Avant d’annuler mon abonnement à la télé, pendant des décennies, j’ai toujours regardé le dimanche du tournoi. Je ne suis même pas un grand fan de golf, mais c’est plein de traditions, pas comme les autres. C’est le seul événement à la télé qui me manque.

Pour finir, j’ai oublié de partager cette conversation amusante avec La Fille il y a deux semaines. J’espère que ça vous fera rire !

Fille : Oh, avant la pause de printemps, j'ai fini Le Compte de Monte-Cristo en français (c'est un livre pour le niveau B1)
Justin : Comte
Fille Comte. J'ai oublié le titre.
Justin : Le Compte de Monte-Cristo, c'est ce qu'il a à la banque

Notre blague traite de la SNCF. Nos articles sont :

Les Bonnes Nouvelles traitent des derniers otages français en Iran. Les gros-titres sont Répéter et Syndicat.

Sur le blog, il y a aussi JO, mais pas celui-là, sur les billets de folie pour les JO de 2028, Il y a de la haine, sur l’explosion de l’anti-sémitisme dans des groupes de loisirs anglophones, Le roi des chips, l’histoire peu connue de la famille doubienne derrière les frites de McDo et Ici et là, des nouvelles personnelles.

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Dimanche avec les standardistes

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages.

Ayant établi que le capitaine-prince de Borodino doit ses titres à son patrimoine napoléonien, Proust nous explique qu’il en tire aussi ses habitudes :

Mais comme l’esprit d’un artiste continue à modeler bien des années après qu’il est éteint la statue qu’il sculpta…

C’est avec, dans la voix, la vivacité du premier Empereur qu’il adressait un reproche à un brigadier…

Quand il choisissait l’étoffe d’un pantalon pour son escadron, il fixait sur le brigadier tailleur un regard capable de déjouer Talleyrand et tromper Alexandre

On va parler une autre fois de comment Proust a anticipé un méchant de GI Joe avec ça. Vous pensez que je plaisante, mais on sait que plus je dis quelque chose de ridicule, plus il est probable que je sois sérieux.

Qui parle plus à la grand-mère qui a payé les vacances du narrateur à Balbec, lui ou Saint-Loup ? Poser la question est y répondre :

Un matin, Saint-Loup m’avoua qu’il avait écrit à ma grand’mère pour lui donner de mes nouvelles…

Bref, le même jour, elle devait me faire appeler à l’appareil et il me conseilla d’être vers quatre heures moins un quart à la poste. 

Ah oui, on a vu exactement ça avec le téléphone dans Le Tatoué. On a tous regardé Le Tatoué, non ? Mais Proust nous dit quelque chose d’intéressant à cet égard — on sait que l’on est juste avant la Première Guerre mondiale dans ce récit, et ce tome a été publié 2 ans après. Pourtant :

Le téléphone n’était pas encore à cette époque d’un usage aussi courant qu’aujourd’hui. 

Notre idée de la vitesse des changements doit être très différente de la sienne, mais dans un sens, son époque en a vu de plus grands. Et il parle des standardistes d’une façon qui nous paraît grandiose, même marrante — mais c’était magique à l’époque :

les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour… les Toutes-Puissantes par qui les absents surgissent à notre côté… les Danaïdes de l’invisible… les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une confidence à une amie, avec l’espoir que personne ne nous entendait, nous crient cruellement : « J’écoute »

Ne prends pas ça pour l’ironie ; j’ai un autre billet en cours sur Artemis-2 et la musique populaire, car nos ancêtres des années 60 ont compris l’espace d’exactement cette manière.

Je vous épargne les détails, mais il se passe que Mamie veut juste lui dire qu’il peut rester à Doncières avec Saint-Loup aussi longtemps que souhaité. Pourquoi est-ce que tout le monde a tant envie de tout payer pour ce type ? Mais pour des raisons mystérieuses, il décide de rentrer tout de suite à Paris.

Vous souvenez-vous que la maison familiale est désormais un appartement chez les Guermantes ? Le narrateur espérait voir les tableaux d’Elstir, ça vous parle ? Saint-Loup montre son bon sens :

À ma demande d’aller voir les Elstirs de Mme de Guermantes, Saint-Loup m’avait dit : « Je réponds pour elle. » Et malheureusement, en effet, pour elle ce n’était que lui qui avait répondu…

sa tante, à qui je ne doutai pas qu’il eût écrit pour la supplier de le faire, ne me demanda pas une fois de venir chez elle voir les tableaux d’Elstir.

Il pense autrement, mais je suis certain que Saint-Loup a agi pour protéger la duchesse de son ami. Mais, après un moment à Paris, il pense à reprendre les balades où il traquait Mme de Guermantes, et avec sa mauvaise foi typique se dit que :

je pensais tout le temps à ces sorties, ce qui me faisait trouver à chaque instant une raison nouvelle de les faire, laquelle n’avait aucun rapport avec Mme de Guermantes et me persuadait aisément que, n’eût-elle pas existé, je n’en eusse pas moins manqué de me promener à cette même heure.

Évidemment, c’est parti :

Elle avait maintenant des robes plus légères, ou du moins plus claires, et descendait la rue…

« Elle » est exactement la duchesse. Et on va finir cette fois avec une bêtise de la part de Saint-Loup à son égard. Il arrive à Paris (sans explication) et dit au narrateur :

« Elle n’est pas gentille du tout, Oriane, me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n’est plus mon Oriane d’autrefois, on me l’a changée. Je t’assure qu’elle ne vaut pas la peine que tu t’occupes d’elle. Tu lui fais beaucoup trop d’honneur. Tu ne veux pas que je te présente à ma cousine Poictiers ?… Voilà une jeune femme intelligente et qui te plairait. Elle a épousé mon cousin, le duc de Poictiers, qui est un bon garçon, mais un peu simple pour elle. Je lui ai parlé de toi. Elle m’a demandé de t’amener. Elle est autrement jolie qu’Oriane et plus jeune. »

Je sais comment je lis tout ça. « Tu veux avoir une affaire avec une noble ? Ben, j’en ai plein dans ma famille mais laisse-moi choisir laquelle ! » Saint-Looooooooooooup ! Toi con !

Ici et là

Impossible de le rechercher facilement, mais je sais qu’une fois, je vous ai expliqué que si on dit « I had a day » (J’ai eu un jour) en anglais, et met un fort accent sur le mot pour jour, ça veut dire que les choses sont très mal allées. J’ai eu une semaine dans un jour hier.

Je suis allé chez Quattro Cafe, mon resto italien préféré depuis 2000 (quand il s’appelait Armani Cafe, et appartenait à Giorgio Armani). Quand j’ai commencé à y aller, une pizza Margherita coûtait 13 $ et les desserts étaient tous 6 $. Au fil des années, les prix ont augmenté, bien sûr, mais quand le Confinement a commencé, la pizza était 17 $ et les desserts 10 $. Ils me connaissent très bien, au point où personne ne m’apporte un menu pour les desserts, qui ne changent presque jamais — alors je ne vois que rarement les prix. Mais j’étais au courant qu’ils ont augmenté à 14 $ il y a deux ans (où j’ai arrêté de les commander) et 16 $ l’année dernière. Ce soir, j’ai vu la carte.

La crème brûlée est désormais 17 $. Tous les autres sont passés à 19 $. Désolé, mais les tailles n’ont pas augmenté — ce ne sont pas pour deux personnes plus qu’au passé ! J’ai dit au serveur (qui me connaît depuis 15 ans) que c’était ridicule et qu’à ces prix, aucune chance. Il m’a dit que le gérant allait au moins entendre exactement quel client avait dit ça. On n’est pas client pendant si longtemps sans devenir reconnu. Mais aucun changement probable ne changera pas mon avis. Il n’y aura pas de retour à 12 $, par exemple. (Je soupçonne que c’est exactement l’impôt célibataire, et que leurs données montrent que deux personnes n’achètent qu’un dessert. Mais je refuse d’être victime de cette taxe.)

Après avoir quitté le resto, certain que la seule autre fois où je commanderai un dessert chez eux sera la veille de quitter Orange County à jamais, je suis passé par chez Venchi pour profiter de la solde après-Pâques. Regardez ce qui attend le retour de La Fille mercredi :

Boîte qui contient deux gros œufs en chocolat, une poignée de dragées, et un autre truc en forme d'œuf où je ne sais pas ce qu'il est.

Je n’aurais jamais payé 40 $ pour ça (le tout fait environ 1/4 kg), mais 23 $ ? Voici ma carte !

Puis, la catastrophe. Notre immeuble fait partie d’un lotissement d’une trentaine d’immeubles, 16 appartements chacune, alors il y a une allée pour entrer dans le tout. Et juste au moment où j’ai allumé le clignotant pour entrer, le moteur de ma voiture a décidé qu’il était trop chaud — le message a dit « Moteur surchauffé — arrête maintenant ». (N’oubliez pas, la voiture est anglophone alors elle me tutoie.) C’était tout d’un coup — je n’avais remarqué une fuite nulle part, et la température était normal 1 minute plus tôt. Je resterai chez moi tout le week-end, puis irai chez le concessionnaire lundi matin. Grâce au déménagement, c’est à 1 km de chez moi !

Alors, je dois marcher 1,7 km pour atteindre le supermarché le plus proche. Dites-moi, est-ce typique en France ? Car Parce que tout à coup, le sujet m’intéresse comme rien d’autre ! (Je vais abandonner « car », parce que ça veut dire « voiture » en anglais, et « car » m’a certainement abandonné.)

Il me faut finir de calculer mes impôts ce week-end (le 15 est la Fête des impôts), alors je devrais être ravi de tout le temps libre, hein ?

Mercredi soir, j’ai eu une réunion du bureau de l’OCA. Jeudi prochain est le dîner annuel des bénévoles. Madame la présidente n’avait pas encore commandé le dessert, alors j’ai proposé de m’en occuper. Elle ne sait pas trop de quoi je suis capable, alors elle a rejeté ma suggestion de quelques tartes aux fruits comme trop compliquée. Sérieusement, la pâte est facile avec un robot, et je peux faire de la crème pâtissière les yeux bandés ! (Je ne le recommande pas sur une cuisinière chaude.) Au lieu de ça, je vais faire un gâteau Napolitain géant, comme pour l’une des pires soirées de ma vie ainsi qu’une fête d’anniversaire pour La Fille. Croyez-moi, c’est beaucoup plus compliqué !

J’imagine que ceux qui ne pâtissent pas évaluent la quantité de travail par la complexité visuelle. C’est logique. C’est absolument logique. C’est aussi 100 % trompeur. Poser tous les fruits, ça ne prend que 5 ou 10 minutes, mais a l’air spectaculaire. Une couche de fondant, c’est ennuyeux par rapport, mais le fondant est une <censuré par La Fille> et il me faudra commencer tôt au cas où il y aurait des problèmes. (Il y en aura.)

Heureusement que j’ai acheté tous mes ingrédients jeudi après la réunion, hein ?

Le roi des chips

Vous avez aimé l’histoire de Don Luis del Aliso ? J’en ai une autre, grâce à un ami américain qui savait que ceci serait exactement mon genre de truc. Je dois beaucoup de ce qui suit aux recherches d’Alan Miller pour le Projet de Biographies de l’Iowa.

« Le plus grand tas de pommes de terre au monde », Carte postale par la société J.R. Simplot, Domaine public

Il était une fois, en 1777 pour préciser, à Franois, dans le Doubs, est né un certain Jean-Claude Simplot, fils de un agriculteur, Philippe, et sa femme, Jeanne-Baptiste Côme. À l’âge de 26 ans, à Besançon, Jean-Claude a épousé une nommée Françoise Colard, de Scey-en-Varais, de nos jours Scey-Maisières. Les deux ont eu 3 enfants ensemble, puis Jeanne-Baptiste est morte en 1813. Un an et demi plus tard, Jean-Claude s’est remarié, cette fois à Susanne Simon, 6 ans plus jeune que lui. Les deux ont eu 6 enfants ensemble — apparemment pas trop découragé par toutes les couches, notre Jean-Claude ! Mais au milieu de tous ces ébats, quelque chose de nul s’est passé.

Vous voyez, Jean-Claude était admirateur de Napoléon, et il a rejoint l’armée. Et le Doubs en particulier était plein de gens mécontents de ça après Waterloo. Alors, en 1816, Jean-Claude et Susanne ont quitté la France — sans les 3 enfants du premier mariage, le salopard ! — pour le comté d’Oswego, dans le New York, où il s’est renommé John (version anglaise de Jean). 5 des 6 enfants de John et Susanne sont nés à Oswego. Susanne est morte juste après la naissance du dernier enfant, alors en 1828 ou 1829, John s’est remarié encore une fois à une Américaine, Mercy Simons. Ça l’a vite tué, et John est mort en 1831, à l’âge de 54 ans — mais pas avant d’avoir un dixième enfant avec femme #3.

Vous souvenez-vous des 3 enfants abandonnés en France ? Ils ont suivi en 1820 sur un bateau venant du Havre. Après la mort de leur père, ils sont partis pour Dubuque, dans l’Iowa, où comme dit la seule chanson jamais écrite sur l’état, « au pique-nique commun, tu peux manger toute la nourriture — que tu as apportée toi-même ! » (Le compositeur, Meredith Willson, venait de l’Iowa — il savait de quoi il parlait.)

L’aîné, Henry Simplot, a eu 6 enfants avec sa femme, Susan LeClare (on peut imaginer d’où venait sa famille avec un tel nom), mais seulement 4 qui ont vécu jusqu’à l’âge adulte. Henry était marchand de graines et gérant d’un abattoir. Leur deuxième fils était Charles LeClare Simplot, lui-même marié deux fois à des nommées Mary.

L’arbre familial est énorme, alors j’en passe, mais l’un des fils de Charles LeClare Simplot se nommait aussi Charles. Et ce deuxième Charles a eu un enfant, John Richard Simplot, né à Dubuque, Iowa en 1908. En 1910, la famille déménage dans l’Idaho, loin à l’ouest. John Richard quitte l’école à jamais après la quatrième, suite à un argument avec son père. J.R., comme il est connu, devient agriculteur spécialisé en pommes de terre. En fait, il devient une si grande réussite que le temps que la Seconde Guerre mondiale se termine, il est devenu le plus grand fournisseur de pommes de terre aux États-Unis. Encore plus l’attend.

En 1967, il fait la connaissance d’un type de la Californie du Sud, un certain Ray Kroc, qui venait d’acheter une chaîne de restos rapides à deux frères, les McDonald. M. Kroc et M. Simplot ont trouvé un accord que la compagnie Simplot serait le fournisseur exclusif de frites surgelées pour McDonald’s aux États-Unis. Pensez-vous que ce contrat valait un petit quelque chose ?

Avec ses milliards, J.R. Simplot devenait investisseur en tout genre d’autre chose, dont une entreprise fondée dans l’Idaho, Micron, aujourd’hui l’un des 3 plus grands producteurs de mémoire informatique au monde. Comme l’une des choses faites avec les patates, on les dit « chips ». Et c’est ici où nos chemins croisent un peu.

En 1995, un jeune Justin lit que Nintendo va utiliser la mémoire d’une société nommée Rambus dans la Nintendo 64. C’est beaucoup plus vite que toute autre mémoire à l’époque. Il utilise son argent pour acheter quelques actions, ce qui paraît une idée de génie quand Intel annonce en 2000 que leur technologie sera désormais le standard. Mais le vieux J.R. Simplot dirige Micron à poursuivre Rambus afin de ne pas payer des redevances, et c’est sa détermination qui coûtera ce même Justin tout l’argent qu’il avait gagné en tant qu’actionnaire. Pour sa part, J.R. Simplot meurt en 2008 à l’âge de 99 ans avec 3,6 milliards de dollars, l’homme le quarante-neuvième plus riche au monde à l’époque. Avec une éducation de quatrième.

Un jour, il me faudra voyager dans le Doubs, trouver la pierre tombale de Pierre Simplot et remercier la famille pour sa contribution à mon bonheur !